Une agente de Chilliwack change le monde, un pain à la fois

Au début de la pandémie, les étagères du rayon de la boulangerie se sont vidées. Quand Hanne Selby a vu le désespoir dans les yeux d’une aînée, l’agente immobilière de la Colombie-Britannique a décidé de prendre les choses en main.

Plus d’un an – et 900 kg de farine – après cette rencontre, son projet de préparation et de distribution de pain dans la région de la vallée du Fraser continue d’aider ceux que la pandémie n’a pas épargnés.

« La pauvre dame n’avait qu’une boîte de soupe en conserve dans son panier. Elle avait l’air complètement démunie au milieu de l’allée vide, alors je lui ai demandé si je pouvais faire quelque chose pour l’aider », raconte Hanne, qui vit et travaille à Chilliwack depuis plus de 35 ans. « Elle avait besoin de pain, mais elle n’avait ni levure ni farine ».

Hanne est retournée chez elle et… a mis la main à la pâte. Le lendemain, elle a apporté une miche à l’aînée, qui a serré sa bienfaitrice dans ses bras avec les larmes aux yeux.

« C’est ainsi que tout a commencé, relate Hanne. La pandémie a bouleversé les gens, aussi bien ceux qui vivent dans des maisons cossues que ceux qui sont à la rue. J’ai pensé que le pain pouvait être un baume pour ma communauté, car presque tout le monde aime ça. »

Hanne se rappelle la fois où elle a fait sourire une femme qui se battait avec le cancer et les fins de mois; une autre où son geste a arraché des larmes de gratitude à un couple. Son objectif est d’aider tous ceux qui ont besoin d’un coup de pouce, quel que soit leur statut social, leur compte en banque ou leur état de santé.

Aujourd’hui, on trouve ses pains partout dans sa ville natale. Elle cuit en moyenne quatre miches par jour – en trois variétés : levain, blanc ou blé – et fait ses propres sacs marqués du slogan : « Changer le monde, un pain à la fois ». Hanne les livre directement aux gens, quand elle part faire des courses ou entre deux rendez-vous.

Déjà avant la pandémie, Hanne était connue à Chilliwack pour sa générosité. Pendant de nombreuses années, ses parents et elle ont tenu un restaurant très apprécié et participé à des campagnes de financement. L’agente immobilière a aussi récolté des fonds pour le centre patrimonial Ryder Lake Hall, a siégé au conseil d’administration de l’organisme philanthropique Real Estate Foundation of BC et a participé à de nombreux autres projets pour aider la collectivité.

Hanne raconte que sa mère, âgée de 96 ans, fait toujours tout ce qu’elle peut pour rendre service.

« C’est vraiment une tradition familiale. J’ai eu de la chance d’avoir des parents généreux qui m’ont appris l’importance d’aider les gens dans le besoin », explique-t-elle.

En tout cas, la relève est assurée : sa fille et son gendre, un pompier, qui vivent dans l’est de Vancouver, redonnent à la communauté de plusieurs façons, notamment en fabriquant du savon écologique pour les refuges. Son autre fille, qui habite aussi à Chilliwack, fournit des repas aux itinérants.

Au moment où la pandémie a éclaté, Hanne a vu des gens perdre leur propriété et a mis son expérience d’agente immobilière à profit pour les aider à trouver des stratégies, comme vivre temporairement avec d’autres membres de la famille. La population était profondément bouleversée et les problèmes financiers et psychologiques se sont généralisés.

Quand elle a vu que la pandémie continuait de gagner du terrain et que les épiceries se vidaient, elle a appris à faire du levain et a mis au point ses propres recettes. Elle jonglait chaque jour entre la préparation du pain, la stérilisation de sa cuisine et son travail d’agente immobilière.

« Je voulais faire tout mon possible pour me rendre utile, et j’espère que ces gens donneront au suivant, déclare Hanne, dont l’exemple a inspiré plusieurs personnes à tendre la main aux autres. Je n’ai pas fait ça pour les remerciements, je voulais juste donner un coup de pouce à ceux qui en ont besoin. Quand je vois la joie et le soulagement dans leurs yeux, j’ai envie d’en faire encore plus. »

Après l’entrevue, nous n’étions pas encore partis qu’Hanne se remettait déjà aux fourneaux.

« Je fais du pain sept jours sur sept, mais je crois que je vais prendre une semaine de repos bientôt. Là, je dois aller acheter de la farine », conclut-elle.

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